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Bon, à l'origine, le St Ulrich ne s'appelait pas le St Ulrich, c'était le Rappostein, puis le Gros Rappolstein, avant de devenir le Grand Ribeaupierre dans sa forme francisée. Il ne pris le nom de St Ulrich qu'après la consécration de la chapelle castrale dédiée à St Ulrich, feu évêque d'Augsbourg, en 1435.

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Le pèlerinage qui y était associé, a d'ailleur perduré bien après que les Ribeaupierre aient abandonné le château pour s'installer dans leur palais en Ville, au 15ème siècle.

Quand aux Ribeaupierre, Rappolstein dans la forme primitive, on les mentionne pour la première fois sous le règne de Conrad II : Ils occupent une place forte sans doute fondée par les tout puissant Eguisheim-Dagsbourg, au dessus du village de Ratpoldivilare (nom vaguement latin hérité de l'empire romain)

Un "Castrum Reginboldipetra" est mentionné en 1038, tout comme un certain Reginbold habitant le Castrum de Reginboldipetra. Reginbold Rappostein était célèbre pour avoir passé de vie à trépas le compte Gérard d'Eguisheim, coupable d'après lui, d'avoir pris les armes pour lui faire passer ses brigandages.  Il se raconte que non seulement l'empereur, cousin du père du défunt, pleura le mort, mais aussi toute la contrée.

On ne sait rien sur les Sires qui prirent le nom du château sur les hauteurs de Ribeauvillé, pardon, Reginboldipetra ! Rien à part le fait que les Rappolstein étaient turbulent et n'avaient peur de rien ni de personne, au point de s'attaquer victorieusement à plus fort qu'eux !

Tout comme Alexandre le Grand se servi de sa soi-disant ascendance divine pour ses dessins politiques (sa mère Olympias l'aurait engendré avec Zeus plutôt qu'avec Phillipe de Macédoine dont elle était la 8ème épouse), ceux qui se firent appeler Rappolstein, prétendaient descendre des Ducs de Spolète en Italie et auraient suivi l'empereur Conrad en Alsace avant de se fixer à Ribeauvillé !

Personne ne le sait

Ils venaient peut être tout simplement du village et étaient des ministériels impériaux, càd qu'ils occupaient une charge impériale, vu que le fief était possession d'empire avant qu'Henri V, l'empereur, ne s'en serve comme petit cadeau de remerciement envers l'évêque de Bâle en 1084, because son soutient à Henri dans les querelles d'investitures.

Faut dire aussi qu'à l'époque, le nom de famille était un grand inconnu au bataillon : c'était ton adresse, ton métier, tes parents qui servait à te nommer, histoire de faire la différence entre Jean fils de Martin, Jean de la fontaine et Jean le bottier, entre autre.

Mais revenons en à nos moutons :

Ce qui se donne aisément, se reprend tout aussi facilement : Henri V du Saint Empire occupe militairement le château, vu qu'il en avait un besoin urgent comme point d'appui dans sa guerre contre les Eguisheim. Finalement, c'est Barberousse, empereur du St Empire qui refourga définitivement le bébé, pardon, le fief, à l'évêque qui s'empresse d'y installer un autre ministériel impérial (les premiers Rappolstein étant tous décédés), le dénommé Egenolf d'Urslingen. Ce dernier prend le nom de Rappolstein et fondera la lignée des Ribeaupierre (nom francisé).

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Pour en revenir au château, les spécialistes s'accordent à dire qu'il y a bien trois châteaux qui sont été construit sur le site (ce qui fait 5, si tu compte le Haut Ribeaupierre et le Girsberg, un poil plus éloigné, mais sur le même flan montagneux).

Le tout premier a probablement été  construit sur le rocher nord et consistait en un donjon roman, aujourd'hui quasiment complètement disparu, mais datant du 11ème siècle. Un siècle plus tard, les Ribeaupierre construisent un second chateau lui aussi roman, sur les ruines du château primitif.

Faisait parti de ce château le Bergfried (beffroi) à pierres à bossage qui était tourné vers l'attaque et protégé par un large fossé d'une part, et l'habitation en enfilade de ce dernier, d'autre part.

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Ce logis possède une jolie cheminée d'angle, enfin, ce qu'il en reste, et une fenêtre à palmette datant de la même période.

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Au 13ème siècle, avec l'agrandissement de la famille, et surtout son pouvoir temporel grandissant, les Ribeaupierre construisent un second château au sud du premier : On ne se contente pas d'agrandir, on double la surface et on se la joue "m'as tu vu" ! La nouvelle Burg est équipé, non pas de la wifi, mais d'un grand donjon qui sera aménagé en logis seigneurial (tours d'habitation) et surtout, surtout, d'un palas magnifique : la très fameuse salle des chevaliers.

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Cette aile, en roman tardif, se compose de deux immenses salles disposées l'une sur l'autre et éclairées du côté du Levant par une série de 7 fenêtres géminées de plein cintre. Le premier étage est en roman tardif, le second, en gothique. On notera aussi les occuli au dessus des fenêtres, tous taillés de formes différentes (pour un peu, on pourrait croire qu'on y a reproduit les couleurs d'un jeu de cartes, pour peux qu'ils jouaient aux cartes à l'époque !) ainsi que les coussièges dans l'embrassures des baies.

Une magnifique construction qui en met plein la vue côté versant (le château se voit de loin) qui impressionne de près (t'imagine, c'est pas qu'un mur que t'as en face de toi, c'est de la pub) et qui laisse sans voie une fois dedans (Nos conseillers en relations publiques, rois du Marketing politique, peuvent aller se rhabiller là)

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Du coup, pour accentuer encore l'effet de puissance, on construit aussi une belle chapelle castrale qui sera consacrée à St Ulric (Ulrich quoi, ça causait pas tout à fait le français moderne au moyen âge) en 1435 et dont on admire encore aujourd'hui l'autel et l'embrassure de porte tout à fait originale.

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L'ensemble castral se résume donc à deux châteaux d'habitation sur un même terrain, ce qui n'était pas rare pour l'époque, et qui a forcément été remanié à travers les âges : dépendances et bâtisses supplémentaires on été ajoutés, d'autres détruites (dans le jardin/basse cours, on admire les traces d'un toit contre le mur), barbacane d'entrée avec pont levis, murailles avec hourds et chemin de ronde, poterne,  moulin (on a retrouvé une pierre de meule dans le jardin)....

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Bien qu'étant un "château fort" (Je rappelle qu'Anselme II de Ribeaupierre y a soutenu victorieusement deux sièges dans sa citadelle imprenable, l'un contre l'assiégeant Rodolphe de Habsbourg en 1288 suite au fait qu'il ait mis à la porte son frère Henri II avec lequel il ne voulait pas partager les biens reçu en héritage à la mort d'Ulric III de Ribeaupierre. Du coup, l'empeureur c'est mis en tête de lui faire entendre raison et a mis le siège au château. Et est reparti comme il est venu. En 1296, après un second siège du château par le successeur de Rodolphe sur le trône de l'Empire, toujours avec le même résultat, on fini quand même par régler cette histoire de succession ! La construction du Girsberg à 200 m n'y est peut être pas pour rien, il devient la résidence des puînés de la famille.) Donc, je disais, bien que le St Ulrich était un château fort, il est avant tout devenue une demeure seigneuriale de grand standing, une vitrine pour cette famille influente.

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A. Donjon primitif (vers 1200 – base de la tour vers 1150). Son accès se trouve au second étage de la façade est. Au même étage se trouve une porte qui menait à des latrines aménagées en surplomb sur la face ouest.
B. Logis primitif (vers 1150, reconstruit vers 1200).
C. Tour d’habitation (vers 1200). Elle est remaniée au XIVe siècle.
D. Bâtiment d’apparat (vers 1200). Son appellation « Salle des Chevaliers » lui vient de la magnifique série de fenêtres géminées à banquettes qui éclairaient le premier étage. Le deuxième étage possédait également de belles fenêtres gothiques aujourd’hui disparues.
E. Barbacane ouvrage placé à l’avant d’une porte pour en faciliter la défense.¨ (XVe-XVIe siècles,
F. Fossé.
G. Chemin d’accès (XVe-XVIe siècles).
H. Emplacement des hourds (galerie extérieure en bois) sur le logis roman.
I. Porte d’entrée équipée d’un pont-levis (XVe-XVIe siècles).
J. Cheminée d’angle du logis (vers 1150).
K. Latrines du donjon.
L. Citerne.
M. Bouche à feu double (XVe-XVIe siècles).
N. Chapelle Saint-Ulrich (vers 1200). C’est au cours du XVe siècle qu’elle donne son nom au château. Eclairée par des fenêtres géminées, elle conserve son autel.
O. Emplacement des cuisines.
P. Mur-bouclier de la tour d’habitation (vers 1200).
Q. Chemin de ronde (vers 1200).
R. Meule découverte dans la basse-cour dont l’enceinte date du XVe siècle.
S. Poternes.
T. Emplacement des dépendances de la basse-cour.

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En tout cas, une belle sortie .... une heure pour monter, 25 mn pour descendre, le tout sous le soleil et en débadeur un 1er Novembre. Qui a dit que l'Alsace était au pôle nord ?

Bisousssssssss à tous, je vous raconterais plus tard l'histoire des autres Ribeaupierres qui dominent Ribeauvillé ainsi que les légendes qui tournent autours.