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Ah que coucou les amis, je vous embarque avec moi visiter une petite merveille d'art roman en Alsace, un lieu paisible qui invite à la méditation, tout petit, mais si beau :

La chapelle St. Marguerite à Epfig

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Epfig est un bourg dont l'occupation du sol remonte à la plus haute antiquité et où ont habité des populations celtes germaniques avant que l'empire romain  ne baptise la cité du nom d'Epiacum. D'ailleur, les troupes romaines y auraient planté, dès le début de leur présence, les premiers plants de vignes. Puis des migrants alamans se sont mélés aux populations galo-romaines locales ce qui a fait que le bas latin a été remplacé par un dialecte alémanique

à partir du XIIème siècle, les évêques de Strasbourg dominent la ville : ils y ont même un château dont il ne reste plus qu'une partie de tours et des restes de caves voûtées.

Je vous épargne les vicissitudes des différentes guerres, locales ou non, et les destructions à répétition du bourg pour abréger vos souffrances et j'embraye direct sur la chapelle.

faut savoir qu'au moyen âge, le village d'Epfig est voisin direct de deux hameaux : Gallwiller et St Marguerite. Et qui dit hameau, dit paroisse, et pas de paroisse sans église paroissiale. Celle de Gallwiller a été détruite, St Marguerite non !

Et le premier qui demande pourquoi l'église a la taille d'une chapelle (appelée chapelle) je lui rappelle qu'au moyen âge, quand t'avais 200 paroissiens dans un village, c'est que c'était une ville. L'église était assez grande pour le village, ils avaient pas la folie des grandeurs non plus !

Et pour la petite histoire, St Marguerite était invoquée au moyen âge par les femmes dans l'espérence "d'une heureuse délivrance". La chapelle St Marguerite abritait d'ailleur jusqu'en décembre 1973, les statues de Notre Dame de la douleur et de St Marguerite, date à laquelle les deux statues ont été volées.

Bon, revenons à nos moutons, ou plutôt nos ouailles, et à la chapelle St. Marguerite !

Etait-elle une chapelle de cimetière comme aujourd'hui ? Le cimetière d'Epfig, qui déraya si souvent la chronique militaire était un cimetière fortifié dont les fortifications ont présentement disparut.

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A noter dans l'enceinte du cimetière qui entoure la chapelle, un jardin de curé, magnifique malgré le mois d'octobre bien avancé... et l'ossuaire adossé au mur Nord du sanctuaire.
Bien sûr, on pense à la bataille de Scherwiller en 1525, où les troupes du Duc de Lorraine vainquirent les Rustauds. Cette Guerre des Paysans contre les puissants de l’époque se termina par un terrible bain de sang. Les paysans furent massacrés par les soldats du Duc. Les ossements de Sainte Marguerite portent les traces de coups, de blessures violentes. L’hypothèse n’est pas à écarter.
Certains auteurs parlent de la campagne de Turenne, cent cinquante ans plus tard. Dernière version, les ossements pourraient simplement provenir d’un regroupement provenant du cimetière communal devenu trop petit…

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Quand à la tradition, elle fait remonter la construction de la chapelle à l'endroit où se trouvait au Xème siècle un couvent de moniales dédiée à Sainte Berthe, la fille d'un leude de Clovis II. Ce couvent aurait été fondé par la fille de Lothaire Ier et d'Ermengarde (abesse d'Erstein), Rothrude, en 895, pour servir d'abris aux religieuses du couvent de Blangy-en-Artois qui ont fui devant les normands....

L'oratoire de St Marguerite se rattache à l'architecture byzantine d'Asie Mineure. On trouve des exemples de construction similaires dans les régions soumises à l'influence bysantine : San Zeno de bardolino en Emilie, Santa Comba de Bande en Galice (IXème siècle), Chapelle de Satinte Croix à Trèves...

On pourait penser que le plan en croix d'Epfig puisse évoquer l'image de la croix du Sauveur (St. Marguerite de St Gall, chapelle d'Utrecht, chapelle de Sveti Kriz de Nin...) mais aussi que le plan en croix est une forme traditionnelle de la chapelle funéraire (Mausaulée de Galla Placida)

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De l'extérieur, tout l'édifice se rassemble et s'ordonne harmonieusement autour de la massive tour carrée, sise au point de rencontre des 4 ailes recouvertes d'une toiture de même hauteur et de même développement.

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Mais si on y regarde de près, l'aile occidentale est plus large et plus longue : c'est une nef (et donc c'est pas un plan carré, cqfd)

A l'intérieur, tout est couvert de berceaux en plein cintre sauf le carré du transept, voûté d'ogives. Ah oui, la voûte de la nef est aussi plus haute, mais ça ne se remarque pas de l'extérieur !

Cette chapelle est un compromis entre le plan basilical et le plan centré.

Quand à la nef, c'est la seule à conserver son aspect originel, vu les ajouts postérieurs : baies à remplage flamboyant sur les croisillons (1516) chapelle carrée voûté d'ogives (1516) à l'aisselle du choeur et du croisillon sud....

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Pour ce qui est de la galerie du porche, elle constitue un élément rare : on la trouve surtout en Espagne (Ségovie-Silos) ou en Poitou (et non, on ne dit pas "dans" le Poitou) Elle est sans doute d'origine islamique, du moins pour les exemples similaires de Castille.

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Ses façades sont percées d'arcatures : sur la paroi ouest, arcade d'entrée en plein cintre suivie de des arcatures jumelées, sur la parois sud, arcatures de deux baies géminées suivie d'une arcature de cinq baies géminées et enfin la grande arcade de passage. Les colonnettes reposent sur une base en forme de chapiteau renversé, leur chapiteau cubique est surmonté d'un tailloir allongé en marteau et profilé en console pour rattraper l'épaisseur du mur.

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Le clocher est très sobre : ses faces sont percées de petites meurtrières surmontées d'une huis géminée dont la colonnette médiane ressemble à celle du porche.

 

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Bref, un bijou d'architecture romane à nul autre pareil, où il fait bon flâner